- Plan de La Veille et le Lendemain (Livre 1)
- Extraits n°4 (L'élaboration)
Cette sélection a été publiée dans le numéro 1 (automne 2005) de la revue J'aime beaucoup ce que vous faites...
1 a Soir 27-02 FIN...
2 Matin 28-02 Rêve de la maison fermée.
3 Soir 28-02 Bien marcher. Voir loin.
Note : Les lettres qui accompagnent occasionnellement les numéros de la première colonne correspondent au choix et à l'ordre des séquences présentées dans les extraits 4, ci-dessous.
L'ÉLABORATION
Extraits 4 (24 séquences) de LA VEILLE et LE LENDEMAIN (livre I).
a (1)
FIN. Fallait bien se mettre le mot dans la tête. Le dernier. Pourquoi celui-là ? Je ne pouvais plus rien ajouter. Je suis allée jusqu'au bout, jusqu'à la 123ème page avant de m'arrêter. Je ne sais plus comment j'ai fait, mais j'ai fait ce que j'avais à faire et s'il fallait le refaire, je ne le referai pas... Pas si sûr... À force de lire et relire, j'étais au bord de l'écœurement. Je ne reviendrai pas dessus. Je suis fière et fatiguée avec le sentiment, comme à chaque fois, d'avoir tout exprimé, d'être vidée. Il est temps de le laisser vivre sa vie, passer par d'autres mains ou en tomber ; défiler sous des yeux qui vont s'ouvrir ou se fermer ; intriguer, retenir, ou ne faire que passer par une oreille pour ressortir par l'autre sans que rien ne soit touché. Je vous le livre. Maintenant, seule, je veux m'abandonner au sommeil.
*
b (6)
Où ? Quand ? Quel jour ? La chambre... Le matin... Samedi, j'ai déposé le manuscrit... Dimanche, lundi... Pierre partira mercredi... Mardi... Nous sommes mardi. Entre la veille et le lendemain pour saisir l'instant, quelques secondes à peine et rien d'automatique cependant. Le temps de remonter à la surface, de se repérer à l'humeur, de se mettre à jour... J'y suis. Faire aujourd'hui ce que je n'ai pas fait hier.
*
c (37)
Tous ces projets en tête avant et maintenant... Je ne trouve que pauvreté, des histoires maigrichonnes, des pensées dé-cousues, des sujets intraitables et deux ou trois bonnes idées qui n'arrivent pas à point nommé. Je suis difficile... Pourtant, pendant la rédaction de Celui d'avant, j'imaginais déjà ce qui en résulterait. Pleine de désir et d'ardeur, j'enrageais de devoir attendre pour éprouver mes projets. Dès que j'aurais terminé, il me suffirait d'enchaîner. Pas d'accès pour l'angoisse, pas de temps mort...
Mais je n'ai pas réussi à les éviter et me découvre une fois de plus démobilisée. Retrouver son centre de gravité ; dans le fond, on tourne toujours autour de la même chose. Dans ce qui a été créé auparavant, rechercher les éléments de consti-tution, les sujets de prédilection, les constantes préoccupa-tions. Ce que je peux encore assumer est là où je continue de m'étonner. Entre les lignes, l'avenir. Revenir pour mieux re-bondir. Et puis pourquoi se précipiter, peut-être qu'en laissant le sommeil me gagner tout va naturellement se décanter.
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d (38)
Déjà ! Je devrais déjà être partie !
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e (59)
Vu Pierre avec toute cette confiance que je lui envie. Il s'efforce de me l'insuffler et j'inspire autant que possible. Je respire mieux. Les problèmes apparaissent simples, surmon-tables. Je vois clair. J'entends bien. J'ai l'air de me prendre en mains. Reprise dans le flux, les désirs reviennent et se formu-lent, à nouveau, les pensées circulent. Je parle de l'abattement qui succède aux périodes d'intense activité ; de cet espace vacant qui nous fait nous mesurer implacable-ment. Celui qui sépare des références rend craintif. Être vain plutôt que médiocre. Par quoi remplacer l'innocence ? Les enfants créent par jeu, sans le savoir, et les adolescents avec l'énergie de leur révolte existentielle et la ferveur de leur idéal, même s'ils reproduisent, en partie, les modèles qu'ils veulent rejeter. Pour atteindre la reconnaissance, les adultes doivent les assimiler et les dépasser. Ils peuvent alors, s'il y a matière, inventer un langage complexe et original, extério-riser des vues avec une forme ajustée. Comment faire pour que le doute serve le devenir et ne mine pas les fondements ? L'idée me vient de relater les différentes phases de l'évolution d'un artiste à travers la chronique de l'élaboration de son œuvre, au fil des jours, du début à la fin, de la naissance à la mort. J'ai déjà parcouru un bout du chemin. Ce serait le travail d'une vie... Et parce que je formule ce projet en présence de Pierre, je n'imagine aucune difficulté et ajoute un sucre dans mon café.
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f (60)
Je me réveille avec une faim de loup. J'ai du travail sur la planche.
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g (99)
Faire se succéder les moments de réveil et ceux d'endormissement. Ils devront se répéter, mais pendant combien de temps ? Quelques semaines, quelques mois ou même... Cela peut durer très longtemps. Dire ce que j'ai à dire, je m'arrêterai une fois le sujet épuisé... À moins qu'en travaillant je ne découvre comment le limiter... La nuit me portera peut-être conseil.
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h (100)
Le matin, décrire ce qui est en train de se passer, ce qui s'est passé la veille ou (et) ce qui se passera ou devrait se passer pendant la journée. Le soir, décrire ce qui est en train de se passer, ce qui s'est passé pendant la journée ou (et) ce qui se passera ou devrait se passer le lendemain. Temps pré-sent, passé, futur. Temps de se lever. Conditionnel.
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i (111)
Recto : nuit. Verso : jour. Voilà comment je vais mettre en forme mes veilles et mes réveils. En commençant par le soir puisque c'est le moment où l'idée a émergé. Pour aller de la veille au lendemain, il suffira de tourner la page. Pendant ce temps, une nuit, un jour passe dans un souffle, un bruisse-ment de papier...
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j (112)
Qu'est-ce qui m'empêche de commencer ?
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k (125)
Si je ne sais pas par quel bout commencer, c'est que ce projet ne tient qu'à un fil. Il en faudrait au moins un deuxième pour rattacher, dérouler le tout et donner envie de poursuivre. Si jamais je le trouvais, je suis sûre que j'aurais le début... et la fin.
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l (174)
Il y a longtemps que je ne me suis pas réveillée aussi délassée. Le matin, quand on est en pleine forme, on a du mal à se représenter la fatigue du soir, et le soir, quand on est fati-gué, difficile d'imaginer que, le lendemain, on sera remis sur pied. C'est presque aussi dur que de concevoir la douleur, bien portant et l'absence de douleur, souffrant, la chaleur quand on a froid et la faim quand on vient de se nourrir. Et pour-tant, d'habitude, le printemps et l'appétit reviennent... Lorsque j'ai eu fini de rédiger Celui d'avant, ne croyais-je pas que je n'arriverais plus à écrire ; et à présent que j'ai re-commencé, comment envisager qu'un jour je pourrais ces-ser ? (En réalité, je n'ai fait que recommencer de noter puisque mon projet, pour être rédigé, manque encore d'une amorce et d'un morceau de fil...).
Beaucoup de phénomènes se reproduisent périodiquement mais avec des variations infimes ou quelques accidents. Peut-on pour autant parler de début et de fin, de prévisibilité ? Sommes-nous jamais préparés ? Continue la naissance d'émerveiller, continue la mort de stupéfier, continue...
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m (181)
Je n'avais, jusqu'à présent, parler de mon projet à personne d'autre qu'à Pierre. Mais, ce soir, à la question d'Anne, ravie, j'ai répondu — moi qui résiste parfois tant à expliciter — sans hésiter ; sans mal, je me suis étonnée de parvenir à résumer, à employer précisément les mots que je voulais entendre. Au fur et à mesure que je le lui décrivais, je réalisais à quel point ce projet existait. J'étais convaincue et l'attitude réceptive d'Anne me prouvait que je convainquais. Encouragée, je m'étendais : le projet prenait de la hauteur, de la valeur, s'enrichissant d'interprétations que je découvrais en même temps que je m'excitais à les communiquer, quand, tout à coup, saisie : C'EST ÇA ! L'idée se tenait suspendue derrière mon regard devenu fixe comme la salle de restau-rant devant moi. Une idée imposante et, dans son sillage, de plus évanescentes, que je m'efforçais de capter avant que tout se remît à bruire, à remuer, que le serveur évanoui ne revînt en criant : "Pour qui les cafés ?" Si, au récit des veilles et des lendemains, j'incorporais les notes sur l'élaboration même du projet ? Ne pas dissocier la gestation du projet, son idée et sa réalisation, d'autant qu'ils font l'un comme l'autre partie intégrante de mon vécu à ces deux extrémités de la journée, du réveil comme du coucher... N'est-ce pas le liant qu'en vain je recherchais ? Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ? À présent, cela me semble évident. Tout se complète et se tient, naturellement. Quelle relation de cause à effet, quel concours de circonstances ont permis à cette proposition d'apparaître ? Est-ce le résultat de ma synthèse d'hier ou, ce soir, de ma disponibilité, ou encore le fait d'avoir dû formuler mon projet à quelqu'un qui n'en savait rien ?... N'est-ce pas souvent au moment où l'on s'y attend le moins, quand on a laissé ouvert par mégarde, que surviennent les meilleures solutions ?
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n (166)
Je me lève coucher mon réveil sur le papier.
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o (183)
Le récit ressemblera à un journal intime. J'emploierai la première personne du singulier comme lorsqu'on fait un re-levé quotidien de ses sensations et réflexions personnelles. (Approcher directement ou se montrer plus distancé ? Exprimer poétiquement ou tenter d'analyser ? Faut-il choi-sir ?) "Comme", car si j'ai écrit le soir ou le matin sur ce qui avait lieu à ces instants précis, d'autres notes ont été prises le lendemain matin en souvenir de la veille au soir et inver-sement, et d'autres encore proviennent d'observations plus anciennes transcrites pour ce projet au fur et à mesure qu'elles me revenaient. Mais s'il est difficile d'écrire couchée, de vivre et de décrire la vie en même temps, j'aimerais pourtant que la question ne se pose pas d'emblée, que le lecteur m'imagine étendue dans un lit plutôt qu'assise à une table, qu'il ait le sentiment de découvrir ce qui se passe sur le champ. Transmettre quelque chose de la réalité, c'est la sélectionner, la reconstituer et la modéliser. Le récit aura l'apparence d'un journal intime (la plupart ne sont-ils pas des reconstitutions partielles de la réalité ?). Mais le dessein de raconter un événement particulier avec des partis pris préalablement définis tels que décider d'un début et d'une fin, limiter le récit à ces deux moments que sont les éveils et les endormissements, et tout ce que je viens de dire, cela avère que ce sera, que c'est déjà une fiction.
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p (184)
On pourrait lire d'un bout à l'autre : du début à la fin, de la fin au début ou n'être que de passage. Suivre le fil du récit ou seulement prendre au hasard quelques-uns des textes qui le composent. Passer un matin ou un soir, entrer dire bonjour ou bonne nuit.
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q (185)
Pas envie de dormir, trop de choses à accomplir. Tout ce qu'on pourrait faire si on ne dormait pas... Allons, c'est un temps vital et non pas un temps mort ! Et puis, aurais-je eu l'idée de ce projet sans l'existence du sommeil, d'abord ?
À propos, ne devrais-je pas arrêter de projeter mainte-nant ? Contrairement à ce que j'espérais, le fait de savoir comment structurer le récit ne me donne pas la clef pour pouvoir l'amorcer. Mais ne suis-je pas confondue par la peur de changer d'état, de réaliser ? Il me faut du calme, me re-trouver seule... À moins qu'il vaille mieux, au contraire, dé-dramatiser l'acte de passer : dans le monde et le bruit, partir à main levée... Dois-je attendre un si-gnal : "Maintenant !" ou le provoquer ? Il n'y a pas de conditions idéales. Les premiers mots comptent autant que les premiers pas. Souffrir que ceux-ci ne soient pas ceux qui vont rester, s'en servir pour s'élancer, s'engager le cœur plus léger. J'ai beau dire, mais écrire... Les premiers mots seront déterminants, je les écrirai fébrilement avec l'air d'engager ma vie. Déleste-toi, abandonne-toi — arrivera ce qui doit ar-river ! —, accepte le risque de te tromper et d'avoir peut-être à recommencer !
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r (188)
Imprimer les matins noir sur blanc et les nuits blanc sur noir... Non, c'est un peu insistant... Noir sur blanc, normal, et plutôt noir sur gris, juste pour le signe de la nuit. Ou bien, si ce n'est pas trop arbitraire, utiliser deux types de caractères, par exemple : italiques pour le soir et romains pour le matin. Comment représenter les matins et les soirs sans, sans inspi-ration, sans souvenir et ceux sans sommeil mais avec, par-fois, des monologues incessants : par des vides, par des pleins, par des noirs, par des blancs ? Si ce récit était trans-posé au théâtre, le même personnage pourrait être joué par deux acteurs : l'un attendrait, agirait, réagirait en relation, mais le plus souvent en décalage, avec le texte que l'autre di-rait allongé sur son lit. Une bande son traduirait l'environnement extérieur. Avec des variations, la lumière s'allumerait le temps du récit du matin, et s'éteindrait le temps de celui de la nuit, obligeant, à chaque séquence, le spectateur à réadapter sa vision. Le jour, il verrait toute la scène ; la nuit, il n'entendrait que la voix.
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s (191)
Souvent brouillée avec les matins, je préfère la journée quand elle est bien entamée et la termine souvent mieux que je ne l'ai commencée. Dans la vie, clore est aussi capital et angoissant que de débuter : peur de se tromper, d'être em-barquée trop loin, de ne pas pouvoir s'arrêter, peur de perdre, de se retrouver seule, de ne pas parvenir à recommencer...
Entre le moment où j'ai mis fin à Celui d'avant et le mo-ment où je vais passer à la rédaction de celui-ci, il aura fallu le temps. Le temps de me disperser et de me perdre, de re-poser, de mûrir et de me retrouver en découvrant, dans la suite de mes projets précédents, au centre de mes préoccu-pations, une façon différente de continuer — le temps de me faire une idée, de me faire à l'idée. Et si je commençais par le soir où Celui d'avant a été achevé ? Poursuivre par la des-cription des états intermédiaires au cours desquels, à la fa-veur des matins et des soirs, le nouveau projet est né, et s'arrêter lorsqu'il sera prêt à être concrétisé. Commencer par la fin de quelque chose et finir au moment où autre chose va commencer. En toute logique, je connais le début et la fin, et donc la durée du récit. Elle est comprise entre un soir, il y a environ trois mois, et un matin tout proche de celui-ci.
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t (192)
La foudre est tombée, je n'avais pas débranché ! Si le plan de mon récit que j'ai rentré hier soir dans l'ordinateur était effacé ? Mais si le feu !... Et ma mémoire !... Il y a les notes manuscrites, pas de panique. Vite les rassembler et foncer. Le reste n'a aucune importance, ce qui brûle en premier, c'est le papier.
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u (193)
Ce matin, j'ai entrepris, curieuse mais inquiète à l'idée de ce qu'après plusieurs mois j'allais y trouver, de relire Celui d'avant. Je me suis attachée à ce que j'ai fait exprès de ne pas dire et à ce que j'ai dit sans l'avoir fait exprès. Fait ex-près, le plus souvent, ces zones troubles, ces jours et ces si-lences qui donnent au texte de l'ampleur, l'emplissent sans im-poser de quoi. Rien ne manque en dépit des apparences ; ce-pendant si l'on n'est pas comblé, l'imagination pourra s'en charger. Pas toujours fait exprès, certains jeux de mots, correspon-dances, et expressions du plus intime de ma personnalité. C'est impressionnant ce que j'ai écrit sans le savoir : traduc-tion de connaissances implicites, d'expériences accumulées ? Comment joue ce qui n'est pas du ressort de la volonté ? Ai-je à ce point intégré mon propos que, même sans con-trôle, tout concourt à produire des effets qui ne sont jamais hors sujet ? Ce que j'ai exprimé malgré moi, à d'autres yeux que les miens, ne se distinguent pas. Et pourtant, aussi indis-pensable que si c'était délibéré, ajoutant de la complexité, sans cet apport, le livre ne serait pas entier.
À présent, je crois avoir résolu l'essentiel des problèmes de La veille et le lendemain. Mais n'est-ce pas, avant tout, le feu vert qui m'indique d'y aller ? À l'étape suivante, face à de nouvelles inconnues, il ne faudra pas reculer. Je m'attends à ce que la mise en pratique bouscule mes prévi-sions. Je sais que je n'ai pas fini de douter et de m'exalter. Quand j'en aurai terminé la rédaction, pourquoi ne pas conti-nuer de rendre compte de la différence et des écarts qu'il y a entre conception et réalisation : comparer la constance à la variabilité, le maintenu au transformé ; ce qui sera resté sous ma gouverne et ce qui y aura échappé pour devenir mon texte et un autre. Mon autre.
Dans le même ordre d'idée, entre mettre au point, faire le point et projeter : publier régulièrement, tous les mois ou tous les ans, des bilans et des bulletins prévisionnels de mon évolution. Un exercice, un rapport révélateur et jubilant mais sans doute aussi, souvent, désespérant. Je ne serai jamais comptable. Demain, je suis écrivain.
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v (196)
J'en ai assez d'être couchée !
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w (197)
Sur une feuille de papier que je n'avais pas relue depuis le jour, où, il y a des mois, elle a été écrite, je lis la note sui-vante : "Relater les différentes phases de l'évolution d'un ar-tiste à travers la chronique de la conception de son œuvre, au fil des jours, du début à la fin, de la naissance à la mort". Je me souviens de la présence de Pierre, de l'enthousiasme que m'avait communiqué cette idée. La rédaction de Celui d'avant terminée, je cherchais alors ce qui viendrait après. Bien sûr, mon projet tel qu'il se présente actuellement paraît assez divergent : le point de vue est celui d'un écrivain, le projet, celui de faire le récit de cette période in-termédiaire, après l’écriture d'un livre, avant celle d'un autre, à travers le vécu de ces moments de transition que sont ceux qui suivent le réveil et précèdent l'endormissement. Il diverge mais, d'une cer-taine façon, il se trouve contenu modestement dans le précé-dent. Après la période de doute qui suit l'aboutissement de quelque chose, la première idée qui se manifeste est souvent extrêmement ambitieuse, chargée du désir de réaliser l'Œuvre où tout y serait en une seule fois. Il faut sans doute fixer la barre suffisamment haut pour se stimuler, voir loin pour se repositionner, élargir pour ensuite mieux resserrer. Si je me suis éloignée, ce n'était peut-être que le temps d'accumuler assez de preuves pour confirmer ma première intuition ? Mais enfin, quel cheminement avant que je ne me retrouve à l'endroit d'où je suis partie ! Ce que j'ai tourné avant de revenir chercher ce qui avait été mis de côté ! Avant de découvrir, concentré, ce que je savais déjà.
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x (198)
N'est-ce pas essentiellement parce que, dans mon esprit, je crois avoir abouti, que j'éprouve l'étrange sentiment que le texte est déjà écrit ? — Je me lève… — En fait, c'est tout ce qui me reste à faire.